Je tâchai de mettre des mots sur des détails impossibles, comme l'odeur des créosotes, amère, vaguement résineuse et néanmoins agréable, les stridulations harmonieuses des cigales en juillet, le dépouillement plumeux des arbres, l'immensité de la nuée qui étalaient son bleu laiteux dans un infini à peine rompu à l'horizon par les roches volcaniques violettes des montagnes basses. Le plus difficile fut d'expliquer pourquoi j'aimais tant ces paysages, de justifier d'une beauté qui relevait moins d'une végétation rare et épuineuse à l'allure souvent à demi morte que des formes brutes de la terre, des valées peu profondes insérées entre les collines rocailleuses qui avaient une manière si particulière, de s'accrocher au soleil. Je dus recourir à des gestes pour tenter de lui faire prendre la mesure des choses.